Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine

Violence et action directe: mises en récit politiques, religieuses, identitaires

Cette recherche a été financée par le Conseil de recherche en science humaine du Canada (CRSH) de 2008 à 2011. Elle a donné lieu au livre collecfif L'interpellation plébéienne en Amérique latine: Violence, action directe et virage à gauche, Corten, Peñafiel, Huart (dirs), Karthala/PUQ, 2010.

Depuis deux décennies, la violence change de forme en Amérique latine. Auparavant, elle apparaissait, dans plusieurs pays, surtout comme la violence de la répression de l’État dictatorial. S’était élevée contre elle – mais il n’y a pas de symétrie entre l’un et l’autre – des mouvements de guérilla. Aujourd’hui, il s’agit d’une violence plus « immanente », venant de l’intérieur du tissu social. On peut distinguer essentiellement deux types de cette violence. D’une part, il y a la violence de rue, les assauts à main armée, les gangs de rue, les taux alarmants d’homicides. Cette violence de rue qui émane notamment des inégalités croissantes est manipulée par le narcotrafic et des réseaux mafieux. D’autre part, il y a la violence des «actions directes». On entend par-là des actions collectives qui, si elles ne sont pas totalement spontanées, sont toutefois caractérisées par le fait de ne pas passer par les canaux de représentation que sont les mouvements sociaux ou les partis politiques et par le fait de ne pas s’adresser aux pouvoirs institués à travers les voies définies institutionnellement. Ces actions directes réunissent ponctuellement des gens en vue d’intérêts de logement, de santé, de terre, mais elles les rassemblent aussi parfois dans une réaction de rejet des politiciens. Elles expriment des valeurs en effervescence qui prennent corps dans le tissu social.

Qualifier un geste ou une action de violente relève essentiellement d’une lutte de sens. Pour certains ces actions directes sont « violentes » et à ce titre inacceptables, pour d’autres elles sont un moyen nécessaire pour opérer des changements politiques. L’objet de cette recherche est d’étudier diverses «mises en récit » (politiques, religieuses, identitaires) d’actions directes (tomas de tierra [occupations de terrain], piqueteros, masses populaires bloquant La Paz dans la guerre des hydrocarbures, révolte des forajidos [hors-la-loi] en Équateur). Notre équipe, composée de six chercheurs et une collaboratrice provenant de cinq universités différentes, détient une expertise interdisciplinaire en ce qui concerne l’étude, en Amérique latine, des perceptions contemporaines de la violence, des phénomènes religieux et autochtones, ainsi qu’en analyse du discours (discours présidentiels et parler ordinaire). En fonction de cette expertise, notre but est de comparer comment différents groupes sociaux racontent les actions collectives directes. Il est de comparer la mise en récit faite par le discours du « virage à gauche » avec d’autres mises en récit, notamment à consonance religieuse ou identitaire autochtone. En comparant ces trois mises en récit, il est possible de dévoiler l’artifice des conditions d’énonciation du discours du virage à gauche et de la mobilisation que ce dernier effectue de la « figure du peuple». La comparaison permet également de questionner comment des secteurs considérés de prime à bord comme peu politisés (ou en voie de politisation) influencent ou non la politique institutionnelle. Les rapports politiques impliquent une lutte générale pour le sens et la question de la violence (notamment le sens de violence associé aux actions directes) en est le révélateur.

Les pays étudiés sont ceux où ces actions directes sont particulièrement visibles : la Bolivie, l’Équateur, l’Argentine, le Mexique, ainsi que deux autres pays qui, dans leurs divergences, expriment le « virage à gauche » : le Brésil et le Venezuela. En recueillant les récits de participants à ces actions directes, d’habitants de quartiers paupérisés, de militants du « virage à gauche », d’étudiants, ainsi que par une étude de la presse et des tracts, la recherche vise à faire ressortir le sens que l’homme ou la femme de la rue d’Amérique latine donne à l’évolution récente du sous-continent. Elle combine à cet effet des approches anthropologiques, sociologiques, politologiques et d’analyse du discours. Elle a pour objectif de fournir une autre image du « virage » de l’Amérique latine au public de nos pays et aux décideurs.

Équipe de recherche:

André Corten (chercheur principal, UQAM)
José Antonio Giménez Micó (chercheur, U. Concordia)
Kristin Norget (chercheure, U. McGill)
Marie-Christine Doran (chercheure, U. d'Ottawa)
Martin Hébert (chercheur, U. Laval)
Pierre Beaucage (chercheur, UdeM)
Victor Armony (chercheur, UQAM)


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