Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine

Impacts de la violence en contexte démocratique latino-américain: les cas du Chili et du Mexique

Cette recherche est financée par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH) de 2012 à 2014.

Comment expliquer l'ampleur et la diversité de l'action collective dans plusieurs pays latino-américains, alors que la montée de la violence civile (délictuelle) (PNUD : 2009; 2011) est considérée par une grande partie de la littérature comme entraînant une perte des repères politiques, l'affaiblissement du lien social et l'annulation des possibilités d'action collective? Au-delà de la mise en relief de la privatisation de la violence, de plus en plus de spécialistes dénoncent aussi les responsabilités des États dans l'augmentation de la violence en Amérique latine, que ce soit l'impunité pénale, le mauvais fonctionnement du système judiciaire ou les abus des forces policières, incluant la perpétuation de pratiques héritées des régimes autoritaires telles que la torture. Ces facteurs sont alors vus comme causant la perte de confiance des populations dans les institutions, notamment dans la justice, entraînant une possible « régression de la démocratie » et nourrissant le cercle vicieux du recours privé à la violence. Pourtant, divers travaux récents, y compris les résultats de recherches antérieures et en cours de la chercheure principale de ce projet, montrent des processus de réorganisation sociale et des mobilisations sans précédents au Mexique et au Chili. Parmi ces mobilisations, se démarquent les luttes contre l'impunité et pour la justice qui sont en hausse et semblent orientées vers un approfondissement de la démocratie par le renforcement des droits, insistant sur la nécessité de rompre avec l'héritage autoritaire et la démocratie de consensus.

Objectifs : Cette recherche veut recueillir et analyser les repères politiques et de la justice qui informent les mobilisations actuelles rendant compte d'une appropriation sociale des droits. Dans le contexte actuel, l'analyse des représentations du politique et de la justice apparaît d'autant plus importante que le présupposé de perte de confiance dans les institutions et de chaos social issu de la violence sert à légitimer le renforcement de politiques de sécurité. Ces dernières entraînent de nouvelles formes de violence d'État pratiquées en contexte démocratique, notamment un nouveau phénomène de criminalisation de l'action collective, qui, au Mexique et au Chili, touche particulièrement les femmes et les populations autochtones mobilisées pour les droits (Oehmichen Bazan : 2008 ; Le Bonniec : 2003). En documentant et analysant la montée de la criminalisation de l'action collective, cette recherche vise dans un 2ème temps à montrer que se déploie en fait actuellement une lutte pour la définition hégémonique de la violence au sein de la démocratie: les nouvelles formes de violence d'État qui tentent de se rendre légitimes par le biais d'un discours sécuritaire posant la « violence de la société » se heurtent à des populations qui, loin d'avoir perdu confiance dans la démocratie, semblent engagées dans de nouvelles formes d'organisation et de mobilisation dénonçant l'impunité, passée et présente.
En proposant un cadre d'analyse de la violence en contexte démocratique, cette recherche veut
contribuer à trouver des solutions efficaces au problème de la violence en Amérique latine : en identifiant quels sont les vecteurs de violence actuels -- notamment les nouvelles formes de violence d'État -- et quelles sont les forces sociales engagées dans un combat contre l'impunité et dans des processus d'appropriation sociale du droit qui, à condition de n'être plus la cible de la criminalisation de l'action collective, peuvent transformer les démocraties chilienne et mexicaine.