Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine

Imaginaires de la violence (physique, religieuse, économique) et frontières du politique

Cette recherche a été financée par le Conseil de recherche en science humaine du Canada (CRSH) de 2005 à 2008. Elle a donnée lieu au livre collectif La violence dans l'imaginaire latino-américain, Corten, André (dir.) avec la collaboration de Anne-Élizabeth Côté, Paris / Québec, Karthala / PUQ, 2009.

Des résultats de recherche sont également présents dans les livres Images et langages de la violence en Amérique latine, Beaucage, Pierre et Martin Hébert (dir.), Québec, Presses de l’Université Laval, 2008 et Images incandescentes. Amérique latine: violence et expression politique de la souffrance, Corten, André et Vanessa Molina, Montréal, Éditions Nota Bene, 2010.

L’objet de cette recherche est d’identifier comparativement, dans plusieurs pays d’Amérique latine, les déplacements de la frontière du politique résultant du sens donné aux violences physiques, religieuses et économiques. Il s’agit d’identifier pour chaque type de violence quelques gestes précis et de voir comment le sens que leur attribuent les catégories sociales, selon les pays, affecte la délimitation de la frontière du politique.

Ce qui fait la frontière du politique, c’est-à-dire délimite ce qui, dans une société déterminée, est politique ou non-politique, est la tangence à la violence. Est politique ce qui peut déboucher sur un abus de forces, même si dans la plupart des cas cette violence est évitée. D’où le terme de tangence (qui touche sans couper). Donc, du point de vue politique, les violences ne sont pas nécessairement effectives. Dans leur tangence, elles sont pourtant réelles et efficaces puisqu’elles déplacent la frontière du politique. Or cette tangence à la violence s’étudie à travers les imaginaires de la violence, c’est-à-dire les sens qui lui sont donnés. L’importance accordée à l’imaginaire comme phénomène « réel » distingue la présente recherche du champ des études stratégiques, même d’orientation constructiviste.

Le politique et le risque contrôlé de déboucher sur un abus de forces ne procèdent pas seulement de la distribution des moyens ou ressources, mais du sens donné au monde. En d’autres mots, le politique n’est pas seulement la prise en compte d’un équilibre de forces, mais sa remise en question par de nouveaux sens donnés aux choses. Lorsque Kirchner affirme qu’on ne peut pas rembourser la dette extérieure aux dépens de la survie de la population, il donne une signification sociale aux rapports de forces. Celle-ci met, à l’extérieur des frontières du politique, ce qui était considéré comme un impératif économique (avec le risque de déboucher sur une déstabilisation).

Aux grands récits des révolutions mexicaine, bolivienne, castriste et sandiniste ainsi qu’aux imaginaires populistes qui ont dominé une grande partie du 20e siècle, a succédé d’abord la violence dictatoriale, ensuite une violence à la fois moins publique et plus diffuse, s’étendant à l’économique et au religieux et dont le récit n’est pas fait. Bien que cette violence se fasse aussi dans le langage, elle paraît dénuée de sens. Parce que non masquée par des grands récits, elle permet par contre de cerner, au-delà des clivages préconçus, les frontières du politique. La conjugaison de la sociologie politique, de l’anthropologie et de l’étude du discours permet de dégager, à travers l’analyse des nouvelles formes de violence, des récits qui donnent un sens au politique.

Équipe de recherche:

André Corten (chercheur principal, UQÀM)
Pierre Beaucage (chercheur, UdeM)
Victor Armony (chercheur, UQÀM)
Martin Hébert (chercheur, U. Laval)
José Antonio Giménez Micó (chercheur, U. Concordia)
Viviana Fridman (chercheure, UQÀM)

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