Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine

Démocratie : Imaginaires politiques et religieux en Amérique latine

Cette recherche a été financée par le Conseil de recherche en science humaine du Canada de 2002 à 2005. (Projet rédigé par André Corten)

Équipe de recherche :
André Corten; professeur au département de science politique de l'Université du Québec à Montréal;
Victor Armony, professeur au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal;
Pierre Beaucage, professeur émérite du département d’anthropologie de l’Université de Montréal;
Bonnie Campbell; professeur au département de science politique de l’Université du Québec à Montréal.

L’analyse, tout comme l’énonciation, des processus dits de démocratisation en Amérique
latine repose pour l’essentiel sur une conception minimaliste et procédurale de la démocratie qui
tend à légitimer un « pacte entre élites modérées » pourtant responsable du maintien des
« enclaves autoritaires » et de la marginalisation, de la sphère publique, des représentations
« substantielles » du social.

Cette conception restreinte de la démocratie souffre, cependant, d’un important déficit de
légitimité, dont les symptômes les plus visibles sont la désaffection électorale, la résurgence de
mouvements dits populistes et la cristallisation des frustrations sur des mouvements religieux. Ce
déficit oblige non seulement à revenir sur le caractère restreint du compromis entre élites qui a
permis la transition. Il conduit aussi à aller chercher ce que recouvre aujourd’hui le discours
techniciste international programmant la consolidation démocratique.

La comparaison avec l’Afrique est ici pertinente puisque, dans plusieurs sociétés africaines,
le compromis entre élites a avorté. Là où, comme en Afrique du Sud, le « recodage » du politique
par le religieux a rendu possible un réel changement de langue politique, la consolidation s’avère
problématique.

L'étude que développe l'équipe GRIPAL/CRSH cherche alors à resituer la problématique de
la démocratisation dans un contexte plus large que les conceptions minimalistes et en grande
partie normalisantes de la transitologie. En partant de la notion d'imaginaires, politiques ou
religieux, les analyses conjointes que développe l'équipe permettront d'identifier et d'intégrer à un
cadre théorique cohérent, diverses représentations du social qui tendent à structurer l'espace
public malgré le fait qu'elles soient en grande partie ignorées des sciences sociales.

Il est urgent d’opérer un travail théorique et empirique important si l’on veut sortir du
dilemme qui semble être posé aujourd’hui entre une irrationalité attribuée d’ailleurs à tort au
religieux et aux masses, et une conception totalement formelle de la démocratie. Pour cela, il faut
être capable de développer un corpus théorique conséquent qui résiste aux évidences des théories
de la démocratie procédurale et de disposer d’analyses concrètes d’autres sociétés que celles sur
lesquelles raisonnent en général ces théories, et notamment celle de la stable democracy. Sortir
du dilemme est un objectif supposant les étapes suivantes : 1) prendre acte de l’évolution des
imaginaires politiques suite d’une part à l’acceptation politique dans les rapports Nord / Sud de la
déshumanisation de masse (extrême pauvreté) et suite d’autre part à la fin de la guerre froide;
2) rendre compte de l’explosion du religieux par le rôle qu’il joue dans la traduction les uns dans
les autres de ces imaginaires politiques en rapide évolution; 3) analyser l’effet des imaginaires
politiques sur la manière dont sont lus les rapports de forces dans les différentes sociétés et rendre
compte ainsi de représentations du politique distinctes selon les sociétés; 4) montrer le rôle
d’occultation du discours techniciste internationalisé sur ces représentations et sur les marges,
processus et acteurs sociaux, échappant au contrôle des élites; 5) de repérer dans des énoncés
(plus ou moins contrôlés par divers niveaux et types de questionnaires) et leurs effets (y compris
religieux), l’affirmation de droits porteurs d’une invention démocratique.

L’étude porte principalement sur sept pays : cinq d’Amérique latine et deux d’Afrique. La
variété des pays étudiés doit permettre d’éviter de rapporter les expériences démocratiques aux
critères des théories politiques du Nord. De façon plus générale, alors que ces théories du Nord
tendent à évacuer toute composante substantielle dans la définition de la " république procédurale
", les pays d’Amérique latine et d’Afrique sont devenus, malgré les crises qu’elles traversent et le
discours international qui les encombrent, le champ où l’invention démocratique est peut-être la
plus pressante. Face aux frustrations et aux souffrances, se produisent —en réponse à la
délégitimation (ou l’absence) des langues politiques— des discours dans lesquels des droits
nouveaux se définissent. Il s’agit de rendre visibles ces affirmations de droits d’une part en
évitant que le discours techniciste les récupèrent et d’autre part en les démaillotant de leur gangue
religieuse sans nier le rôle du religieux dans certains « recodages » du politique. Du point de vue
de la philosophie politique, il s’agit de donner, sur des bases concrètes répertoriées dans des pays
variés, des éléments pour penser la démocratie comme une réalité normative.

La recherche prétend apporter un instrument conceptuel et social susceptible de tenir
compte des alternatives démocratiques, afin de permettre aux forces démocrates de se représenter
les ensembles sociaux qui les concernent autrement que dans la perspective formelle des théories
de la transition, tout en dépassant la simple opposition (du type anti-mondialisation). L’analyse
des langues politiques que développe l’équipe a en effet permis de montrer comment la position
anti-mondialisation incorpore dans son bagage conceptuel les fondements de ce contre quoi elle
lutte.

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