Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine

Souffrance et politique

Pour Aristote, la plainte est une sorte de donné animal. Elle n’a un caractère humain – d’animal politique – que lorsqu’elle accède au logos. Suivant Rancière, enfermer la population dans la plainte ou le bruit qu’on dit ressortir au domaine privé, c’est déjà une prise de position politique déterminée. Ajouter à plainte, gémissement, bruit, d’autres mots – comme victime par exemple – ne fait que renforcer la position qui consiste à donner une place dans les parties comptées de la communauté. Aucun mot pour désigner cette réalité (animale ?), n’est exempt de l’appartenance à une conscience verbale.

Face à la souffrance, l’être humain a conscience de ce qu’il éprouve et de comment il réagit, il a conscience de son action et de comment elle le transforme, transforme son entourage et son monde, c’est la « conscience pratique », mais il a aussi une conscience héritée de son milieu et qui le rattache à celui-ci. Elle peut entrer en contradiction avec ce que la personne vit. L’on trouve donc déjà là une des origines de la souffrance.

Depuis des âges immémoriaux, la souffrance appartient et est liée à une conscience verbale. De façon traditionnelle, cette conscience était principalement attachée à la religion. À un niveau plus élevé de la conscience verbale, se posent les questions : pourquoi faut-il souffrir ? Quel est le sens de la souffrance ? De quelles manières les consciences verbale et pratique de la souffrance se rattachent-elles au politique, produisent-elles du politique ?

Table des matières
  • Patior ergo sum : l’insoutenable pesanteur de l’inacceptable, José Antonio Giménez Micó (GRIPAL, Université Concordia), p. 9.
  • La souffrance : le détournement par le parler ordinaire de la conscience verbale, André Corten (GRIPAL, UQÀM), p. 14.
  • Violence, victimisation et État sécuritaire : une nouvelle légitimation pour la violence d’État ? Éléments d’analyse à partir des cas latino-américains, Marie-Christine Doran (GRIPAL, Université d’Ottawa), p. 34.
  • Souverains en souffrance. Actions directes spontanées, violence pure, expression publique de la souffrance et virage à gauche en Amérique latine, Ricardo Peñafiel (GRIPAL / CPDS, Centre de recherche sur les politiques et le développement social, Université de Montréal), p. 54.
  • Renaissant de leurs cendres. Organisations de victimes des crimes d’État et mouvements sociaux populaires en Colombie, Leila Celis (GRIPAL, Université d’Ottawa), p. 85.
  • Du « gouvernement des mouvements sociaux » au « gouvernement du consensus ». Lula et le Mouvement des sans-terre au Brésil, Tania Faustino da Costa (GRIPAL, UQÀM) et Benoit Décary-Secours (GRIPAL, Université d’Ottawa), p. 101.
  • Postface : La souffrance de tous, la souffrance de certains, Martin Hébert (GRIPAL, Université Laval), p. 112.
Ce cahier est dédié à Juanito Guanabacoa, escriviviente qui souffre de la violence politique du Mexique et du Canada et qui refuse d’être réduit au rôle de « victime ».

Lancement jeudi 7 février à 19h au local DR-200 de l'UQÀM (suite à la conférence-débat "Le chavisme à la croisée des chemins).


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- Cahiers des imaginaires 10