Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine

Cycle de conférences de philosophie politique 2012-2013 (Espace et politique)

5 décembre 2012

ESPACE ET POLITIQUE
VILLE, ARCHITECTURE, TERRITOIRE: LIEUX DES IMAGINAIRES

(Responsable du cycle: Charles Deslandes, doctorant à l'École d'études politiques, Université d'Ottawa)

Comment théoriser le rapport entre l’espace et le politique dans une perspective d’analyse des imaginaires ? Toute référence à l’espace (territoire, ville, corps, enlave, etc.) s’effectue à partir de significations propres aux imaginaires. Que la signification d’un espace semble stabilisée (par exemple, le territoire d’un État délimité par «ses» frontières) ou que le rapport à un même espace puisse s’opérer à partir de plusieurs significations (comme l’exprime l'inscription du mythe et de l'histoire dans l'espace urbain), la manière de penser l’espace relève des imaginaires.

Le rapport des imaginaires à l’espace peut s’opérer de différentes manières et touche au politique au sens où il contient l’éventualité de luttes. Dans cette perspective, l’objectif du cycle de conférences est de se demander comment le rapport à l’espace s’effectue à partir d’imaginaires et comment ce rapport se politise.

Le GRIPAL désire ainsi contribuer à une théorisation de la relation entre imaginaire, espace et politique. Comment définir l’espace? L’agencement d’espaces ? Ou, encore, comment comprendre qu’un même espace puisse véhiculer plusieurs significations, parfois contradictoires? De quelles manières analyser les différentes pratiques spatiales qui interviennent dans et sur l’espace ? De quelles manières ces pratiques se rapportent-elles aux imaginaires ? À partir de quels critères peut-on les regrouper ou les distinguer ? Dans quelles mesures deviennent-elles politiques ?

Programme

Conférences données jusqu'ici dans le cadre du cycle «Espace et politique - Ville, architecture, territoire: lieux des imaginaires»

«Les espaces utopiques»
Conférencier: Martin Hébert, professeur au département d'anthropologie de l'Université Laval.
Conférence donnée le 2 février 2012 à l'UQÀM

«Mémoire et distribution de l'espace entre la gauche et la droite à Paris : La Concorde ou la Bastille?»
Conférencière: Régine Robin, professeure au département de littérature de l'Université du Québec à Montréal.
Conférence tenue le 2 novembre 2012 à l'UQÀM

Paris est une ville de mémoire où les événements historiques sont partout inscrits dans le paysage urbain. Des noms des rues aux plaques commémoratives, des noms des stations de métro aux statues et mémoriaux, tout y est historique.  En outre, une psychogéographie  symbolique traverse la ville, écho de cortèges, de manifestations et rassemblements: la gauche, la droite, division incontournable qui a plus d'un siècle d'existence. J'évoquerai tout cela avec cette question: y a t-il une mémoire des lieux, un génie du lieu , quelque chose qui habite les lieux en dehors des possibles ou impossibles  transmissions? Car Paris a changé. La ville est devenue une ville de "bobos". Les quartiers populaires ne le sont plus, et les classes populaires ont été repoussées vers la périphérie. Et pourtant, sur le plan symbolique les itinéraires et les partages politiques demeurent tout en subissant des transformations.


«Éloge du petit : le grand récit de la couveuse anthropogène chez Peter Sloterdijk»
Conférencier: Jean-Pierre Couture, professeur à l'École d'études politiques de l'Université D'Ottawa et membre de l'Observatoire des nouvelles pratiques symboliques.
Conférence tenue le 5 décembre 2012 à l'UQÀM.

L’espace fait son entrée tardive dans la haute théorie, car cette dernière n’en a eu que pour l’abstraction du temps. Comme les philosophes rattrapent leur retard en plagiant et poétisant les sciences basses (géographie, anthropologie, architecture, urbanisme et design), l’intérêt pour la phénoménologie de Peter Sloterdijk tient peut-être au fait que cet auteur-oracle laisse parler à travers lui le riche apport des sciences spatiales qu’il agrège, sensualise et synthétise avec le souffle du grand récit. Quel est le magnétisme rémanent de cette histoire longue ? Il est noué autour de la destinée utérine, non pas à jamais perdue, comme le dit le Freud pessimiste du Malaise dans la culture, mais constamment émulée dans le parcours de cette espèce improbable qui est à ce point artificielle qu’elle est forcée de se couver elle-même et sans secours.
 
«La production de l'espace? Une réflexion sur le corps à partir du documentaire LE HORSE PALACE de Nadine Gomez»
Conférencière: Vanessa Molina, candidate au doctorat à l'École d’Études politiques de l'Université d’Ottawa et membre du GRIPAL.
Commentaire: Dalie Giroux, professeure agrégée à l'École d’Études politiques de l'Université d’Ottawa.
En présence de la réalisatrice du film.
Vendredi 12 avril, à 12h30, au local A-3316 de l'UQÀM.

Le Horse Palace donne vie à la thèse d’Henri Lefebvre dans "La production de l’espace" : c’est le corps, avec son déploiement spécifique d’énergie, qui produit l’espace. Le film rend la compénétration des corps en déploiement et de l’espace en formation par les images d’un ancien mode de vie qui s’éteint. Le quartier Griffintown de Montréal, avec ses écuries du 19ème siècle, se meure; et le trot des cochers du vieux port, en bordure du boulevard Saint-Laurent, pose la question politique de la cohabitation des lieux. Si les corps en déploiement font l’espace, comment garder vive la mémoire d’un lieu qui, à l’image d’un vieil homme, s’éteint tout simplement?

Pour un aperçu du propos d'Henri Lefebvre relayé dans cette conférence, voir le court extrait de "La production de l'espace" disponible en pièce jointe.

Site officiel et bande annonce du film


«L'espace vu de la marge sociale, quand l'imaginaire social devient un enjeu politique»

Conférencier: Michel Parazelli, prpfesseu au département de travail social, UQÀM.
Commentatrice: Jade Bourdages, École d'études politique, Université d'Ottawa.
Vendredi 24 mai, 12h30, au local a-3316 de l'UQÀM (Pavillon Hubert-Aquin).

C’est en étudiant les rapports que les personnes en situation de marginalité entretiennent avec les lieux de leur vie de rue, et la gestion de ces mêmes lieux, que la question de l’imaginaire social s’est posée autant sur le plan théorique que politique. Le détour par l’épistémologie de l’espace représentait une nécessité étant donné le flou conceptuel entourant le concept d’espace en sciences humaines et sociales. L’espace tirerait sur les fils de nos rapports au réel dans ses modes d’appréhension d’une part (perception, représentation, imagination), et dans ses configurations topologiques d’autre part (orientation, situation, occupation, position). Contrairement aux usages courants  polysémiques ou indéfinis du terme d’espace, il est proposé ici une conception géosociologique critique (phénoménologique et structurale) qui définit l’espace non pas comme un contenant ou un ensemble d’objets matériels, une ressource d’interaction, une aire naturelle, ou une délimitation catégorielle (Parazelli, 1998), mais comme une représentation qualitative des discontinuités perceptibles dans le monde extérieur que Piaget (1948), Thom (1988), Sami-Ali (1990), Desmarais (1991) et Hubert (1993) ont bien décrite chacun à leur manière, et dont la structure de base serait topologique (les deux autres : projective et métrique). Un rapport de forces s’exercerait sur le contenu narratif de cette représentation qualitative non seulement en investissant les lieux de prégnances symboliques, mais aussi par le contrôle endorégulé ou exorégulé de la mobilité des acteurs.




Document(s) à télécharger

- La production de l’espace_Henri Lefebvre_extrait